Pourquoi un tel sujet sur un blog consacré aux publicités d'antan ?
La réponse est simple : au fil de mes découvertes de "vieux papiers" en quête de publicités remarquables, j'ai découvert bon nombre d'informations sur ce grand prix automobile couru à Lyon en 1924. Ces documents sont truffés de publicités liées à l'évènement et pour mieux les replacer dans leur contexte, il m'a semblé plus pertinent de détailler le Grand Prix et de l'illustrer avec ces archives. Il se trouve par ailleurs que l'endroit où s'est couru le Grand Prix m'est assez familier...
Voici donc la belle histoire de ce Grand Prix automobile, en plusieurs parties et en images.

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(Les cycles Magnat-Debon, société lyonnaise)

Première partie : l'historique du Grand Prix de l'Automobile Club de France jusqu'en 1924
(Les illustrations et l'essentiel des informations proviennent du programme officiel du Grand Prix)

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(couverture)

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(dos - OTTIN l'une des plus anciennes (1863 ?) carrosserie de Lyon)

Organisé pour la première fois en 1906, le Grand Prix de l'Automobile Club de France (ACF) devait remplacer la défunte Coupe Gordon-Benett qui ne répondait plus à l'état de l'industrie automobile.

Il fut ainsi organisé le 26 juin 1906 au Mans, dans la Sarthe, avec une épreuve de 1236 km à courir en 2 jours consécutifs et les voitures ne devant pas dépasser les 1000 Kg. La victoire fut remportée par Ferenc SZISZ sur une Renault à 150,33 km/h de moyenne ! Suivaient NAZARRO sur Fiat puis Albert CLEMENT sur une Bayard-Clément.

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(voir aussi la rubrique Electro Lux ici)

En 1907, le grand prix a lieu à Dieppe avec une épreuve de 770 km. Cette fois, le règlement est à la consommation maximum : les voitures ne doivent pas dépasser 30 litres pour 100 km. Ce Grand Prix fut remporté par Felice NAZZARO sur une Fiat, à 113,6 km/h de moyenne, devant SZISZ sur Renault, puis BARRAS sur une Brasier et enfin GABRIEL sur une Lorraine-Dietrich.

En 1908, toujours à Dieppe sur un circuit de 770 km, ce fut un cuisant échec pour les constructeurs français du fait de trop nombreux incidents et problèmes mécaniques. La course était cette fois limitée aux véhicules ayant un alésage inférieur à 155m/m. La victoire fut remportée par Christian LAUTENSCHLAGER sur une Mercedes en 6 h 55 mn et 45 sec devant HEMERY sur une Benz, HANRIOT sur une autre Benz et RIGAL sur une Bayard-Clément. L'histoire note tout de même que GUYOT, sur ce même circuit, remporta le Grand Prix des Voiturettes de L'Auto sur sa Delage monocylindrique.
Cette débandade engendra le retrait des principaux constructeurs nationaux des épreuves sportives et aucun Grand Prix de l'ACF n'eut lieu en 1909, 1910 et 1911... La coupe des voiturettes combla heureusement cette absence.

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(Castrol, huiles)

Le Grand Prix réapparaît en 1912, toujours à Dieppe, sous le nom de la Coupe de l'Auto et est incorporé à la Coupe des Voiturettes. On y trouve 45 engagements pour 24 marques différentes dont 10 françaises. En réalité eurent lieu deux courses distinctes. L'une, dénommée la "Coupe de l'Auto", était réservée aux voitures légères (moins de 800 kg et moins de 3 litres de cylindrée). L'autre était totalement libre dans la préparation des véhicules.
Le parcours comptait 20 tours du circuit de Dieppe de 1907. L'épreuve "libre" fut remportée par le français Georges BOILLOT sur Peugeot, à 110,26 km/h de moyenne devant WAGNER sur une Fiat.
La Coupe de l'Auto vit la victoire de RIGAL sur une Sunbeam à 105,2 km/h de moyenne, suivi de ses 2 coéquipiers RESTA et MEDINGER.

Le 12 juillet 1913 au circuit d'Amiens, le Grand Prix fut un triomphe pour l'industrie française avec la victoire de Georges BOILLOT, sur Peugeot, et GOUX aux 2 premières places. Le règlement imposait une consommation inférieure à 30 litres pour 100 km. Le circuit d'une longueur de 116,8 km fut parcouru par le vainqueur avec un excédent de carburant à l'arrivée de 22 litres.

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(Magasin "Le Globe" à Lyon)

Un mois avant la déclaration de guerre, en 1914, le Grand Prix organisé à Lyon, resta un difficile souvenir du fait, entre autres, de la victoire de Christian LAUTENSCHLAGER et de ses compatriotes sur Mercedes. Le circuit était à peu de choses près le même que celui choisi en 1924, pour une longueur de 37,631 km et une distance à parcourir de 752 Km. Pour la première fois lors des Grands Prix, un grand nombre d'inscrits prirent le départ (39 voitures pour 13 marques et 6 pays), mais aucune marque lyonnaise n'était présente. Peugeot, Delage, Fiat et Piccard-Pictet, quatre constructeurs, utilisèrent pour la première fois en course des freins sur les roues avant. Malgré cette humilante supériorité des allemands, le public fut nombreux et l'organisateur fut débordé par cette affluence*. De 1915 à 1920, aucun Grand Prix ne fut couru du fait de la guerre et de la réorganisation de l'après-guerre.

Le 25 juillet 1921, le Grand Prix eut lieu au Mans et vit l'abstention quasi-complète des constructeurs français du fait d'une consigne de la Chambre Syndicale des Constructeurs d'Automobiles. Le Grand Prix fut remporté par Jimmy MURPHY sur Duesenberg, à 120,6 km/h de moyenne, devant DE PALMA, GOUX, DUBONNET, BOILLOT (le frère cadet de Georges), GUYOT, WAGNER, LEE GUINESS et SEEGRAVE.

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(Les stations essence publiques à Lyon)

En 1922, c'est à Strasbourg, avec un très mauvais temps, qu'eut lieu le Grand Prix de l'ACF. Felice NAZARRO, sur Fiat, remporta l'épreuve de 800 km à une vitesse moyenne de 125,5 km/h devant VISCAYA et MARCO. Tous les autres concurrents ont abandonné sauf MONES-MAURY qui ne put terminer avant l'arrêt de la course.

En 1923, c'est au circuit de Touraine que se déroula le Grand Prix avec 17 participants. L'épreuve fut marquée par un terrible accident de VISCAYA dont la voiture accrocha un poteau, buta contre une balustrade et s'écrasa contre un arbre en fauchant 15 spectateurs. Le pilote fut blessé.
C'est SEAGRAVES sur Sunbeam qui remporta la course à 121,4 km/h de moyenne. Le français DIVO arriva second devant FRIEDRICH et LEE GUINESS.

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(Magasin "Au sans pareil", à Lyon)

Cette année, en 1924, c'est Lyon qui est choisie pour organiser le Grand Prix de l'ACF. Une épreuve s'ajoute à l'habituel Prix du Tourisme : le Grand Prix de l'Europe. C'est cette course qui pour le moment focalise l'attention du public et de la presse. Si le beau temps est de la partie, les deux grandes épreuves réunissant 60 concurrents promettent de belles journées !

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(Phares IDEAL)

 

Ajout de janvier 2013 : Réglementation oblige, Ch. Vallette, Préfet du Rhône prend un arrêté relatif à la compétition. Y sont décrites les dates et horaires des courses (horaires plus ou moins respectées finalement, mais toujours dans le créneau autorisé), les pièces administratives à présenter par les engagés, les voies empruntées, ainsi que les journées d'essais. Ces essais étaient autorisés les 17, 18, 19, 21, 22 et 23 juillet entre 5h00 et 8h30, les voies étant temporairement fermées et réservées aux concurrents. Les derniers articles détaillent dans quelles conditions l'ACF pouvait aménager passerelles, barrières, portiques... et installer une signalisation. Ce décret du 7 juin 1924 est porté à connaissance du public par voie d'affichage. Vous pouvez consulter l'affiche originale sur le site des Archives municipales de Lyon.

En outre, le Préfet prend le 10 juillet un arrêté spécifique aux essais. On remarquera que les plages horaires ont été décalées de 4h30 (5h00 dans l'arrêté du 7 juin) à 8h00 (8h30 dans l'arrêté du 7 juin). Il est d'ailleurs amusant de voir la rectification manuscrite des horaires en fin de texte en comparaison avec le titre... Document original à consulter également sur le site des Archives municipales de Lyon.

Enfin, un décret relatif à la réglementation sur la circulation et les abords du circuit est pris le 21 juillet. Il est très détaillé (par exemple, les survols aériens du circuit sont interdits...) et préçise de quelle façon le public pourra accéder au circuit. Document original à consulter sur le site des archives municipales de Lyon.

* Je vous recommande à ce sujet l'excellent ouvrage de Pierre-Lucien Pouzet : La Grande Aventure automobile lyonnaise (Encyclopédie de Lyon Tome 1) aux éditions La Taillanderie. La lecture agréable, l'iconographie et la somme d'informations collectées en font un livre incontournable pour tout passionné d'automobile et j'ai pu y trouver quelques informations pour compléter cet article.

[Partie 2] [Partie 3] [Partie 4] [Retrospective GP de Lyon]