Samedi 2 août : Grand Prix du Tourisme
C'est avec un certain scepticisme que ce Grand Prix fut accueilli par la presse le samedi 2 août. Le public veut voir des voitures qui roulent vite, sans handicaps, pour constater les progrès de l'industrie automobile. Il veut du spectacle, des virages difficiles et des dépassements... Les Grands Prix de Tourisme sont plus compliqués : limites à la consommation, épreuve d'endurance, forme de la carrosserie, qualité de l'éclairage des phares... La voiture qui gagne n'est pas forcément la plus rapide !

essais
(Les essais - coupure de presse)

Bref, c'est en ces termes que le journal "Le Miroir des Sports" annonça que la fréquentation de ce Grand Prix du Tourisme n'avait pas attiré et n'attirerait jamais les grandes foules. Certains annonçaient déjà la faillite des Grands Prix de l'ACF et l'échec de cette semaine automobile de Lyon.
Le Nouvelliste de Lyon, un journal local cette fois, n'était pas vraiment de cet avis puisqu'il fit une longue description des masses de spectateurs se rendant sur le circuit et les longs défilés de lumières dès la nuit...
Selon ce numéro du Nouvelliste de Lyon du 3 août 1924, c'est "par dizaines de milliers que se chiffre la foule des spectateurs". Et de mentionner les files de véhicules en tous genres depuis le centre de Lyon. Déjà, à la Mulatière, les spectateurs sont orientés par les gendarmes. "A quelque cent mètres des Sept-Chemins, on se croirait transporté en pleine fête foraine. Des baraques violemment illuminées s'échelonnent au long de la route, l'odeur de l'acétylène se répand dans l'air, tandis que des jambons et des saucissons s'étalent entre les bidons d'essence, des pliants et des lorgnettes". Le départ de l'épreuve d'endurance n'est qu'à minuit mais "serrée entre les barrières et le pied des tribunes, la foule fait entendre son bourdonnement assourdi de voix impatientes".

LaBuire_prog_ACF1924
(publicité pour La Buire - programme du grand Prix)

Le Grand Prix du Tourisme se déroulait en une épreuve préparatoire d'endurance, qui débuta à minuit pour se terminer à 8 heures le samedi matin, et à l'issue de laquelle 19 concurrents allaient prendre le départ de la seconde épreuve de vitesse de 300 km quatre heures plus tard.

Aries_8_10cv_CMVsalon24

(magnifique publicité pour les voitures Ariès, marque représentée par trois exemplaires en 1ère catégorie,
et trois exemplaires en 2è catégorie, revue Cyclecars Motos Voitures spécial salon 1924)

 

Senechal_CLVsalon24
(publicité pour la marque Sénéchal, représentée par deux voitures en 1ère catégorie.
Pas de référence au Grand Prix de l'ACF puisque les Sénéchal ont été battues par
les trois Mathis... Revue Cyclecars Motos Voitures spécial salon 1924)

 

La_Bignan_Auto_CMVsalon24
(publicité pour La Bignan. Trois voitures La Bignan étaient engagées en 2è catégorie.
Revue Cyclecars Motos Voitures spécial salon 1924)

 

 

La liste des engagés se présentait de cette façon :
- 1ère catégorie (voiturettes 400 kg) : LEFEBVRE sur une Voisin, une Sénéchal, une Ariès, la Mathis de LAMS, une seconde Sénéchal, une seconde Ariès, DEBREMONT sur Mathis, une 3è Ariès et BOCCHI sur Mathis.
- 2è catégorie (voitures légères 1000 kg) : une Bignan, BUCHETTI sur Ansaldo, MOREL sur une Voisin, DURAY sur Ariès, LACHARNAY sur une Cottin-Desgouttes, ROST sur une Georges Irat, PORPORATO sur La Buire, une seconde Bignan, une seconde Ansaldo, FLOHO sur Ariès, DELALANDE sur Cottin-Desgouttes, DOUARINOU sur Georges Irat, DESVAUX sur La Buire, une 3è Bignan, une 3è Ariès, COLAS sur Cottin-Desgouttes, SCISZ sur La Buire et GARNAULT sur la Buire.
- 3è catégorie (voitures 1400 kg) : une Ariès, une Vermorel, une Alfa Roméo, RUTZLER sur Steyr, ROUGIER sur une Voisin, DAVERGNE sur Peugeot, une seconde Vermorel, une seconde Alfa Roméo, une seconde Steyr, GAUDERMEN sur Voisin, BOILLOT sur Peugeot, PICCIONI sur Voisin et enfin CABAILLOT sur une 3è Peugeot.

30 voitures, les 1400 kg en tête, étaient sur la piste. Les pilotes, debout à côté de leur voiture, n'attendaient plus que le départ. Enfin, le coup retentit et les voitures s'élancèrent pour une course truffée d'incidents tels que des fuites de réservoir d'essence, des dérapages, des chocs contre les barrières, une disqualification pour des sacs de lest percés... A noter l'accident de ROUGIER à 4h40, dont la voiture se retourna après avoir percuté une barrière. Le bras fracturé, il fut emmené à l'hôpital. Six voitures arrivèrent sans pénalités et purent prendre le départ de l'épreuve de vitesse à 12h précises. D'autres concurrents, pénalisés, dont les Peugeot de BOILLOT et CABAILLOT, partirent avec des retards variables.

photo3
(Le départ et le virage de Sept-Chemins - coupure de presse)

Vers midi, la foule avait encore grossi ; les tribunes s'étaient remplies d'une foule élégante. Le départ fut donné et le spectacle attendu dans les fameux virages des Esses, virages bien connus des locaux et dont les courbes sont encore aujourd'hui impressionnantes !
BOILLOT sur sa Peugeot perdit une roue au 3è virage et revint à pied à la ligne de départ. RUTZLER sur la Steyr, fut victime d'un accident dans les Esses du fait de son frein à pied qui ne répondait plus. Il fut légèrement blessé.
DAUVERGNE avait à ce moment déjà pris la seconde place derrière GAUDERMEN. GAUDERMEN subit une crevaison au 6è tour et DAUVERGNE passa en tête pour y rester jusqu'à la fin de l'épreuve.

 

Les champions du jour !

Mathis_CMVsalon24
LAMS, vainqueur sur Mathis en 1ère catégorie
Mathis fait sa pub ! C'est le triomphe...
(revue Cyclecars Motos Voitures spécial salon 1924)

 

Peugeot18cv_CMVsalon24
Et enfin DAUVERGNE, grand vainqueur sur sa Peugeot 18ch en 3è catégorie.
Là aussi, Peugeot met en avant les prouesses de ses voitures dans cette publicité,
revue Cyclecars Motos Voitures spécial salon 1924

Les trois vainqueurs ont fait l'objet de croquis par André Galland, illustrateur renommé, pour la revue revue Cyclecars Motos Voitures en 1924.

La première catégorie (19 tours de circuit) fut remportée par LAMS sur une Mathis, à 73,9 km/h de moyenne, devant son coéquipier DEBREMONT sur Mathis et BOCCHI sur la troisième Mathis ! Un beau triplé pour ce fabricant.
La deuxième catégorie (21 tours) vit la victoire de LACHARNAY sur Cottin-Desgouttes, à 89,78 km/h de moyenne, devant COLAS sur la même voiture, produite à Lyon, puis ROST, MOREL, PORPORATO, DURAY, FLOHO et BUCHETTI.
En troisième catégorie (25 tours), le grand vainqueur du jour fut DAVERGNE, un ancien rugbyman, sur une robuste Peugeot 18CH, devant un autre athlète connu, GAUDERMAN, du Racing Club de France. Ce dernier creva au dernier tour alors qu'il menait la course. PICCIONI sur Voisin arriva 3è.

Miroir_des_sports6_ACF1924
(La page du Miroir des Sports consacrée au grand Prix du Tourisme)

Et ce fut la très lente dispersion d'un public docile depuis les pelouses et les tribunes en direction des Sept-Chemins. Le Nouvelliste de Lyon rapporte même un accident entre 2 véhicules sur la route de Lyon.
Une belle journée pour le public et pour les constructeurs français finalement !

[Partie 1] [Partie 2] [Partie 4] [Retrospective GP de Lyon]